Ce soir, on revient à Otomi sur les lieux de la montagne magique. Je prends du recul sur le sentier au milieu des rizières pour bien cadrer la scène. Quand les ténèbres s'abattent sur la montagne, la magie commence. Tout à coup, elles sont des milliers à danser dans le noir. La fête bat son plein quand les mâles en transe montent jusqu'aux cimes des cèdres. Que font-ils si haut alors que les femelles restent tout en bas au bord de l'eau ?
Profondeur du noir
川ばかり闇はながれて蛍哉
Kawa bakari yami wa nagarete hotaru nari
La rivière noire
Coulent les ténèbres
S'envolent les lucioles
Chiyojo (1703-1775)
Lucioles en folie
Ce soir, il pleuviote. Il faut protéger les appareils et s'abriter sous nos parapluies en attendant la nuit. Les lucioles qui ne craignent pas l'humidité surgissent dans le noir, emportées par le vent d'une rive à l'autre. Elles montent ou descendent en tous sens et dessinent des lignes insolites et capricieuses dans leur danse d'amour fou.
Pendant la prise de vue, un parapluie s’est envolé dans la rivière. Tant pis, puisque la chasse était bonne.
À perte de vue
Quand on était entré dans les hautes herbes bordant la rive, juste à la minute subtile où les dernières traces de jour s’engloutissaient dans une nuit d’encre, on avait vu des essaims de lucioles s’envoler des herbes des deux berges vers le mitan du ruisseau en décrivant, à très faible hauteur, des arcs de cercle pareils aux crosses des graminée géantes. Aussi loin que portât le regard, tout au long de la ligne du ruisseau, à perte de vue, jusqu’à l’infini, ce n’était qu’entrecroisement de vols surgis des deux rives.
Bruine de neige, Junichirô Tanizaki
Entre les deux rives
Hiroshige ( 1797-1858 )
かたまるや散るや蛍の川の上
Katamaru ya chiru ya hotaru no kawa no ue
Se rassemblent
Puis se dispersent
Les lucioles sur la rivière
Sôseki (1867-1916)