On ne les avait pas aperçues jusque-là à cause de la taille des hautes herbes et parce que, attirées par l’eau, les lucioles qui en jaillissaient voletaient en étirant très bas leurs tracés capricieux. — Même les yeux fermés, Sachiko revoyait nettement, prolongeant jusque dans sa rêverie les trajectoires déconcertantes de leurs lueurs fantomales, les lucioles qui s’entremêlaient à l’infini, au loin, très loin, jusqu’aux limites du ruisseau et sur chacun de ses bords, leurs sillages sans nombre, alors que l’œil percevait encore confusément les longues oscillations des herbes proches, juste avant que, la nuit plus dense montant comme rampant du fossé même, ne s’établit le noir le plus profond…
Junichirô Tanizaki, Bruine de neige
Lucioles à la lune
水にもえ月に消え行く蛍哉
Mizu ni moe tsuki ni kieyuku hotaru nari
Brûlent sur l’eau
S’éteignent à la lune
Ah, les lucioles !
Natsume Ginkô ( ? - 1783 )
Rivière Ajimi à Ijira
Notes de chevet
Au printemps, c’est l’aurore que je préfère. La cime des monts devient peu à peu distincte et s’éclaire faiblement. Des nuages violacés s’allongent en minces traînées. En été, c’est la nuit. J’admire, naturellement, le clair de lune ; mais j’aime aussi l’obscurité où volent en se croisant les lucioles. J’aime voir leurs lueurs, une par-ci, deux par-là. Même sous la pluie, la nuit d’été m’enchante.
Sei Shônagon (966 -1025), Notes de chevet*
*Editions Gallimard / Unesco, 1966, traduit par André Beaujard
Pet !
馬の屁に吹き飛ばされし蛍かな
Uma no he ni fuki tobasareshi hotaru kana !
Pet du cheval,
Fait s’envoler
Une luciole !
Issa (1763-1828)
Lenteur
Une grande luciole passe
Se balance lentement
Lentement
Kobayashi Issa ( 1763-1828 )